Théâtre musical

 

        Orphée=Eurydice, création 2006, photo Agnès Renaud

  

 

"Personne n'a su qui j'étais, ni même de quelle couleur était mon existence. Mais j'étais quand même là."

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 Krach Blues

Témoignages et chansons de la Grande Dépression de 1929

 Du 12 au 30 janvier 2012 au théâtre des Marronniers (Lyon)

 

  


 Argument du spectacle

 

Le blues chante ceux qui n'ont rien, dont on ne parle pas. On ne sait pas leurs noms, ils sont "ces pauvres gens". Une entité indistincte.

Pour parler de ceux-là, entendre distinctement leur voix, j'ai ouvert ce livre : Hard times, un recueil de témoignages oraux, recueillis et réunis par Studs Terkel à la fin des années soixante.

Tous y ont la parole : hommes, femmes, noirs, blancs, pauvres, et riches aussi. Tous témoignent de ce que fut le Krach de 29, et la grande dépression qui s'ensuivit.

Je suis partie de ces témoignages oraux pour construire Krach blues.

Le spectacle est une adaptation de ces récits, entrecoupée des témoignages originels.

Krach Blues est aussi un spectacle musical, où l'on entendra de la country, du bluegrass, du jazz, et bien sûr du Blues.  

C'est incroyable, la quantité de blues qui ont été écrits durant la grande dépression. "We Sure Got Hard Times Now"(1932), "Brother, can you spare a dime?" (1930), "Are You Makin' Any Money?" (1933)... Et même le "All of me" d'Armstrong (1932).

"Pourquoi ne prends-tu pas tout de moi ?", claironnait cette romance jazz qui prit très vite un double sens. Les gens écoutaient « All of me » à la radio. Puis un jour, les huissiers débarquaient chez eux, et leur prenaient la radio, mais aussi les tables, les chaises, les lits. Ils emmenaient tout – quelquefois, ils prenaient même la nourriture fumante sur la table. Ou bien vous gardiez vos meubles et votre radio, mais vous n’aviez plus de toit dessus, car faute de pouvoir payer le loyer, vous vous retrouviez sur le trottoir avec votre mobilier.

C’était ainsi.

Et vous qui étiez comptable ou secrétaire de direction, vous retrouviez à vendre des pommes au coin de la rue, du jour au lendemain. Vous qui possédiez une ferme, preniez votre voiture quand vous en aviez une, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’essence dedans. Alors vous marchiez, ou vous montiez avec votre famille dans le premier train de marchandises pour ailleurs. Et vous deveniez travailleur migrant, vous et vos gosses – ou si vous étiez seul, mendiant, vagabond. Si vous étiez une femme, vous enfiliez des vêtements d’homme et coupiez vos cheveux.

Il fallait oublier l’avant.

Et nous sommes déjà dans Krach Blues. Krach Blues, ce sont les histoires individuelles qui croisent la grande Histoire. C’est le passé qui croise de présent, en clair obscur, sans qu’il soit besoin de marquer le trait. Ce que nous vivons est à la fois proche et très différent de ce que les Etats Unis ont vécu dans les années 30. L’époque n’est plus la même, ni la crise que nous traversons. Mais la résonance humaine nous en apprend sur nous-mêmes, et sur ce qu’il faut parfois traverser pour continuer à vivre.

Car tous ces gens qui parlent ont un point commun : ils ont survécu à la crise. Et ce qui domine dans leur témoignage, c’est cette force de vie. Celle qui traverse aussi le blues, et qui traversera ce spectacle.

 

 

 

 
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