Contrebasse/harmonica/choeurs :
Réo
La
compagnie Hélianthe vous propose un voyage parmi les plus belles voix du blues et du jazz. Sur scène, la chanteuse et comédienne Laura Desprein, le
contrebassiste Réo et le pianiste Jean Romeyer évoqueront des moments forts et émouvants de l’épopée des « femmes jazz », grâce à un
texte original, à des standards jazz et blues de l'époque, et à des compositions arrangées par le trio(extrait du texte en bas de page).
Une manière
de faire revivre les pionnières de l’épopée jazz : Billie, Ella, Sarah, mais aussi Bessie Smith, Nina Simone et d'autres encore, pour rendre hommage à leur courage et à leur talent.
Leur combat pour faire entendre leur chant, et donner à leur voix force et dignité, est une histoire universelle, qui nous renvoie à notre vie, et à ce que nous créons chaque jour pour
lui donner du sens. C'est dans cet aller-retour entre l'individu et le mythe que se situe le texte de Laura Desprein, et la thématique de son travail en
général.
Vidéo réalisée à l'Atrium / Lumières : Frédéric Dutu / Son : Jean-Michel
Dumortier
"Ça pourrait commencer comme ça. Sur les berges du Mississipi. Un fleuve qui coule paresseusement, épais et gluant comme de la mélasse chaude. Oui, ça commencerait là. On ne verrait rien tout d’abord, on entendrait les cris d’oiseaux à la tombée de la nuit. On devinerait le lent glissement d’un alligator dans les eaux du fleuve. On sentirait bouger des corps noirs, on verrait luire la première étoile comme une dent sur le visage de la nuit. Des branches invisibles nous chatouilleraient les sens.
Une lune énorme et jaune se lèverait. Et sous la lune énorme, on verrait luire le Mississipi comme de la poix. Et cette poix cette mélasse chaude charrierait des troncs d’arbres énormes arrachés par la tempête un peu plus loin. On lèverait les yeux, et on verrait toutes les étoiles allumées comme des milliers de petits projecteurs. God bless you ! Que ce serait beau !
Et là… je regarde à nouveau le fleuve. Je ne sais pas si j’ai peur parce que je tremble et pourtant il fait chaud, tu sais même pas comment il fait chaud. Je ne sais pas si j’ai peur ou si je tremble d’allégresse, parce que là, dans le fleuve, au coeur de la mélasse, je vois des cuisses énormes sortir de l’eau. Vrai ! C’est peut-être des troncs d’arbres, sauf que ça se tient debout, et qu’il y a aussi deux troncs comme des bras qui fouillent la vase du fleuve. Et je vois ces bras qui sortent de l’eau, couverts du limon arraché à la mère Louisiane. Et ça se tâte, et ça se tamponne de partout tellement fort que je recule pour ne pas être éclaboussée.
Au bout des troncs, maintenant, il y a des mains de glaise. Et ces mains travaillent, travaillent inlassablement. Et sous ces mains man, tu me crois ou pas, des hanches larges comme un delta se façonnent. Et aussi un ventre tellement grand qu’on peut y mettre tous les musiciens jazz et blues de la terre, du commencement à la fin. Et les mains travaillent, travaillent encore, et font éclore des seins énormes, des seins comme deux demi planètes.
Je suis entrée dans l’eau. Elle clapote et frémit comme un torrent, elle chuchote et bout comme un chaudron. J’ai regardé vers le haut, très haut, il n’ y avait pas encore de visage à cette femme Louisiane. Mais des cheveux, ça il y en avait ! Des cheveux immenses et crépus comme une auréole, comme un soleil noir, et c’étaient les branches du bayou qui se tenaient là-haut, toutes emmêlées comme du crin de géant.
Alors l’eau s’est mise à bouillir, à sauter comme dans un chaudron. Une immense vague m’a projetée jusqu’à la rive, une onde de choc. C’était un rire, un rire énorme, cosmique, un rire de géante sans visage. Oui, avant même que Jazz Mama ait une bouche, on a entendu son rire à des kilomètres à la ronde.
(Chant :)
Et de son
rire
Est née sa bouche
Et de sa bouche
Est né son chant
Et de son chant
Sont nées des femmes jazz
Qui ont bientôt peuplé tout le sud du continent.
Vrai de vrai. Comme je vous le dis. "