(affiche : Olivier
Jarret)
Drôle, léger, poétique, ce spectacle mêle des
chansons françaises des années 70 et des textes « polaroïds », souvenirs d’enfance de Laura Desprein. On y trouve toutes ces petites choses qui fabriquent une vie : un premier
amour, le jus d’orange Tang, les copines, la radio… Des mini flashes de vie, souvenirs de toute une génération.
Les chansons sont puisées dans le répertoire de l’époque : William Sheller, Maxime Le Forestier, Michel Jonasz, Marie-Paule Belle,
Renaud, sans oublier les « hits », comme on les appelait : Cloclo, Sylvie Vartan, Sheila, Nicoletta, Karen Cheryl…
Hit 70
circule dans cette matière sonore comme le fait un enfant,
sans à priori de goût ni notion du beau. Les interprètes naviguent parmi les morceaux
d’auteur et certains monuments de la chanson kitsch, avec une bonne humeur contagieuse.
Au total, plus de soixante extraits et morceaux
complets accompagnés à la guitare, aux percussions, à la « Loop station », ou tout simplement à capella… Le tout avec beaucoup de surprises et de fantaisie. Les arrangements de Mirabelle de Nuit apportent aux chansons un esprit jazzy qui unifie ce portrait à deux voix, joyeux, incisif et
tendre.
Conception, écriture, chant et interprétation : Laura Desprein / Arrangements musicaux, chant, guitare, flûte et interprétation : Mirabelle de Nuit / Lumières : Colas Reydellet / Coréalisation : Compagnie Hélianthe/Théâtre des Marronniers (Lyon)
Extrait du texte "Hit 70, polaroïd d'une enfance"
"J’ai huit ans. Je suis à la piscine. L'eau est bleue, les carreaux sont bleus.
Nous avons sur la tête de petits bonnets blancs. Ça sent le chlore. Je mets un pied dans l'eau. J'ai froid. Il faut sauter dans l'eau. Nous apprenons à nager. Le maître-nageur hurle des ordres
bêtement. Il a une grande canne qu'il nous tend. Lorsque nous traînons, il nous frappe avec son bâton de fer-blanc. Après, nous avons droit au petit bain ; l'eau y est toujours un peu plus
chaude.
Puis vient le supplice. À la queue leu leu, nous montons et montons, les pieds recroquevillés, les lèvres bleues, les cheveux en balai de chiottes. Des gouttes désagréables me tombent dans le
cou. Le plongeoir est immensément long. Ça saute. Ils sautent trop vite, les filles en se bouchant le nez, les garçons avec des cris de kamikaze.
"Allez ! Allez !" C'est à moi. Tout mon corps se rétracte.
"Vas-y ! Saute !" Je ne saute pas. Les autres sont partis et en train de se changer. Je les entends rire et chanter. "Tu vas mettre tout le monde en retard ! Tu ne partiras pas
tant que tu n'auras pas sauté. Tout le monde saute, sauf toi. Mais qui m'a foutu une pareille poule mouillée ?"
Ça y est, je pleure. Je vais mourir.
Il me pousse."